Contrat de portage salarial : CDI ou CDD, ce que vous signez vraiment
Deux contrats, pas un — et des mentions obligatoires qui protègent le porté
Le portage salarial repose sur une relation à trois, formalisée par deux contrats distincts : un contrat de travail entre vous et la société de portage, et un contrat commercial de prestation entre elle et votre client. Le premier peut être un CDI ou un CDD dit « de mission », avec des règles très différentes. Voici ce que chacun contient, les mentions que la loi impose, et les clauses à lire avant de signer.
Deux contrats, deux logiques
1. Le contrat de travail
Entre vous et la société de portage. CDI ou CDD de mission. C'est lui qui fait de vous un salarié : bulletin de paie, cotisations, couverture sociale, droits au chômage. Il fixe aussi le taux de frais de gestion et les modalités du compte d'activité.
2. Le contrat de prestation
Entre la société de portage et votre client. Commercial, pas salarial — vous ne le signez pas, même si vous avez négocié la mission. Il doit être établi dans les deux jours ouvrables suivant le début de la prestation et fonde la facturation.
Cette architecture à trois est ce qui distingue le portage de tous les autres statuts d'indépendant : vous conservez l'autonomie commerciale (vous trouvez et négociez vos missions) tout en étant juridiquement salarié. C'est aussi ce qui explique le décalage entre ce que vous facturez et ce que vous touchez, détaillé dans notre guide de la fiche de paie en portage.
CDI ou CDD de mission : que choisir
| CDI de portage | CDD de mission | |
|---|---|---|
| Durée | Indéterminée, couvre les intermissions | Durée de la mission — 18 mois maximum, renouvellements compris |
| Intermissions | Le contrat subsiste, non rémunéré, ancienneté conservée | Le contrat prend fin avec la mission |
| Fin de contrat | Rupture conventionnelle, démission ou licenciement | Indemnité de fin de contrat d'au moins 10 % de la rémunération totale |
| Réserve financière | Généralement 10 % du salaire de base, pour lisser les creux | Non applicable |
| Adapté si | Missions récurrentes, activité installée, besoin de continuité | Mission unique ou ponctuelle, test du portage |
En pratique, la plupart des sociétés proposent le CDI par défaut aux consultants qui s'installent, le CDD restant réservé aux missions isolées. Le CDI n'engage pas davantage : il se rompt comme tout CDI, et son intérêt réel est la continuité — de l'ancienneté, de la mutuelle, et des droits au chômage entre deux clients.
Les mentions que la loi impose — et qu'il faut vérifier
- Le calcul de la rémunération — modalités de calcul et de versement du salaire, de l'indemnité d'apport d'affaires et des primes éventuelles.
- Le taux de frais de gestion — et son assiette exacte. C'est le seul paramètre que vous négociez vraiment — notre comparateur montre l'écart réel entre 4 % et 10 %.
- Le compte d'activité — sa périodicité et son contenu : c'est le document qui retrace CA encaissé, frais prélevés, réserve constituée. Distinct du bulletin de paie.
- La responsabilité civile professionnelle — identité de l'assureur et étendue de la garantie. La société doit vous couvrir : vérifiez le plafond et les activités couvertes.
- Les frais professionnels — modalités de déduction, distinction entre refacturables au client et non refacturables — l'arbitrage est détaillé dans notre guide dédié.
- La qualification et l'expertise — elles déterminent votre minimum conventionnel : junior, senior ou forfait jours.
Le minimum conventionnel est un plancher légal, pas une recommandation : 2 804 € pour un junior, 3 004 € pour un senior, 3 404 € en forfait jours (valeurs 2026, indexées sur le plafond de la Sécurité sociale). Une société qui vous propose un contrat sous ce seuil est en infraction — et le montant évoluera au 1er janvier avec le nouveau plafond.
Rompre le contrat : ce qui vous revient
Le contrat de travail en portage se rompt comme n'importe quel contrat de travail : démission avec préavis, rupture conventionnelle, licenciement, ou arrivée du terme pour un CDD. Rien ne vous attache durablement à une société de portage — changer est courant, et le bon moment se situe entre deux missions.
- Le solde du compte d'activité vous revient : chiffre d'affaires encaissé et non encore versé, réserve financière constituée. Demandez-en le détail écrit avant de partir.
- La rupture conventionnelle ouvre les droits au chômage et une indemnité au moins égale au minimum légal — le calcul complet est dans notre guide dédié.
- Changer en cours de mission est possible mais suppose de faire signer un nouveau contrat de prestation à votre client par la nouvelle société. Prévoyez deux à trois semaines de coordination.
- Attention à la clause de non-sollicitation que certains contrats prévoient sur les clients apportés par la société. Elle est licite si elle est limitée dans le temps et l'objet — lisez-la avant de signer, pas au moment de partir.
Pour choisir la société avec laquelle signer, notre comparatif de dix sociétés détaille frais, services et label PEPS, et chaque fiche calcule le net que ses frais laissent réellement.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre CDI et CDD en portage salarial ?
Le CDD de portage est conclu pour la durée d'une mission, avec un terme précis ou une durée minimale, et ne peut excéder 18 mois renouvellements compris. Il ouvre droit à une indemnité de fin de contrat d'au moins 10 % de la rémunération totale — l'équivalent de la prime de précarité. Le CDI de portage, lui, est à durée indéterminée et englobe les périodes d'intermission, qui ne sont pas rémunérées mais durant lesquelles le contrat subsiste : vous restez salarié, vous conservez votre ancienneté et votre couverture, et une réserve financière (généralement 10 % du salaire de base) est constituée pour lisser ces périodes.
Quel salaire minimum le contrat doit-il garantir ?
La convention collective du portage salarial (IDCC 3219) fixe des rémunérations minimales indexées sur le plafond de la Sécurité sociale : 2 804 € par mois pour un consultant junior (70 % du plafond), 3 004 € pour un senior (75 %) et 3 404 € en forfait jours (85 %), valeurs 2026. Si votre chiffre d'affaires ne permet pas d'atteindre ce minimum, la société de portage ne peut légalement pas vous salarier sur cette base — c'est le vrai plancher d'entrée dans le portage, et notre simulateur vous alerte dès que le brut calculé passe en dessous.
Quelles mentions le contrat de travail doit-il obligatoirement contenir ?
Le Code du travail en dresse la liste (art. L1254-14 et suivants) : l'identité et la qualification du salarié porté, les modalités de calcul et de versement de la rémunération, de l'indemnité d'apport d'affaires et des frais de gestion, la périodicité du compte d'activité, l'identité de l'assureur en responsabilité civile professionnelle et l'étendue de la garantie, les modalités de déduction des frais professionnels. L'absence de ces mentions est un motif classique de contestation devant le conseil de prud'hommes.
Qu'est-ce que le contrat de prestation avec le client ?
C'est le second contrat, commercial celui-là, conclu entre la société de portage et votre client — vous n'en êtes pas signataire, bien que vous ayez négocié la mission. Il doit être établi au plus tard dans les deux jours ouvrables suivant le début de la prestation et contenir l'identité du salarié porté, le descriptif de la mission, sa durée, le prix convenu et les conditions d'exécution. C'est lui qui fonde la facturation : sans contrat de prestation valide, pas de facture, donc pas de salaire.
Y a-t-il une période d'essai en portage salarial ?
Oui, selon les règles de droit commun : jusqu'à 2 mois pour un employé, 3 mois pour un agent de maîtrise ou technicien, 4 mois pour un cadre, renouvelables une fois si un accord de branche le prévoit. En CDD de mission, elle est proportionnelle à la durée du contrat, dans les limites légales. Point pratique souvent ignoré : la période d'essai porte sur la relation avec la société de portage, pas sur la mission — l'interrompre ne met pas fin au contrat de prestation, qui suit ses propres règles.
Sources
- Code du travail, art. L1254-1 à L1254-31 — portage salarial (Légifrance)
- Convention collective du portage salarial, IDCC 3219 (Légifrance)
- service-public.fr — portage salarial
- Ministère du Travail — le portage salarial
Dernière mise à jour : septembre 2026. Les montants affichés sont calculés par nos simulateurs à partir des taux 2026 — ils sont indicatifs et ne constituent ni un conseil juridique ni un conseil fiscal. Une erreur ? Signalez-la.