Portage salarial et chômage
Vous y avez droit — mais pas sur le montant que vous croyez
C'est l'argument numéro un du portage face à l'auto-entreprise : le salarié porté cotise à l'assurance chômage et ouvre de vrais droits. Ce que presque personne ne dit, c'est que l'allocation ne se calcule pas sur ce que vous facturez, mais sur votre salaire brut — un montant très inférieur. Voici les conditions, le calcul, et l'écart réel.
Le salarié porté a-t-il droit au chômage ?
Oui, sans ambiguïté. Le salarié porté signe un contrat de travailavec sa société de portage — un CDI dans la grande majorité des cas. À ce titre, il relève du régime général et des cotisations d'assurance chômage sont prélevées sur son salaire brut, exactement comme pour un salarié classique.
Cette affiliation découle du cadre légal du portage, fixé par l'ordonnance du 2 avril 2015 et codifié aux articles L1254-1 et suivants du Code du travail. Elle suppose que la société de portage respecte ce cadre : c'est un point à vérifier avant de signer, au même titre que ses frais de gestion.
La différence avec l'auto-entreprise est totale.Un micro-entrepreneur ne cotise pas à l'assurance chômage et n'ouvre aucun droit à l'ARE. Le dispositif ATI qui existe pour les indépendants est plafonné et soumis à des conditions très restrictives. C'est souvent ce seul critère qui fait basculer un consultant vers le portage, malgré son coût plus élevé — que vous pouvez chiffrer avec notre comparateur de statuts.
Les conditions d'ouverture en 2026
Elles sont les mêmes que pour tout salarié. Deux durées d'affiliation coexistent depuis le printemps 2026.
| Situation | Jours travaillés | ou heures | Période de référence |
|---|---|---|---|
| Cas général | 130 | 910 | 24 derniers mois |
| À partir de 53 ans | 130 | 910 | 36 derniers mois |
| Première indemnisationaucun droit ouvert depuis 20 ans | 108 | 758 | 24 ou 36 mois |
Changement récent : pour les fins de contrat intervenues à compter du 1er avril 2026, le seuil tombe de 130 à 108jours — environ cinq mois au lieu de six — pour les primo-entrants. Un consultant qui démarre en portage et dont la première mission tourne court peut donc ouvrir des droits plus tôt qu'auparavant.
Comment le montant est calculé
France Travail part du salaire journalier de référence (SJR), obtenu en divisant les salaires bruts de la période de référence par le nombre de jours calendaires. Il compare ensuite deux formules et retient la plus favorable :
- 40,4% du SJR, augmentés d'une partie fixe de 13,18 € par jour
- ou 57 % du SJR
Le résultat ne peut pas descendre sous 32,13 € par jour, ni dépasser 75 % du SJR. Ce double plancher explique pourquoi les salaires les plus bas sont remplacés à un taux plus élevé que les hauts salaires, indemnisés à 57 %.
Le piège : ce n'est pas votre CA qui compte
C'est l'erreur la plus répandue. Un consultant qui facture 108 000 € par an imagine une allocation calculée sur cette base. En réalité, France Travail retient le salaire brutfigurant sur ses bulletins de paie — c'est-à-dire après les frais de gestion de la société de portage et après les charges patronales.
- Chiffre d'affaires facturé au client500 €/jour × 18 jours × 12 mois108 000 €
- Salaire brut — la base de calcul de l'AREaprès 8 % de frais de gestion et 43 % de charges patronales56 635 €
- ARE annuelle estimée88,44 € par jour indemnisé31 840 €
Cascade calculée par notre simulateur de portage puis par notre calculateur d'ARE, avec les paramètres Unédic d'avril 2026. Estimation indicative : seule France Travail détermine votre droit réel.
Sur cet exemple, l'allocation mensuelle s'établit autour de 2 653 € bruts, soit 88,44 €par jour indemnisé. Rapportée au chiffre d'affaires facturé, elle représente moins de 29 %. Rapportée au salaire brut, elle atteint en revanche 57 % — le taux de remplacement réel.
Ce n'est pas une anomalie : c'est la contrepartie logique du fait que les cotisations chômage ont été prélevées sur le salaire brut, pas sur le chiffre d'affaires. Mais il vaut mieux le savoir avant de bâtir un plan de trésorerie sur une allocation surestimée.
Calculer mon salaire brut en portage →Comment mettre fin au contrat sans perdre ses droits
Une confusion fréquente : la fin d'une mission ne met pas fin au CDI de portage. Le contrat se poursuit, et vous restez salarié même sans mission en cours — simplement sans rémunération, puisque celle-ci dépend de votre facturation.
Pour ouvrir des droits, il faut que le contrat prenne fin par un motif qui n'est pas une démission simple :
- Rupture conventionnelle — la voie la plus courante, négociée avec la société de portage
- Licenciement, notamment en cas d'absence prolongée de mission
- Fin d'un CDD de portage arrivé à son terme
- Démission simple — n'ouvre pas de droit, sauf cas de démission légitime
Parlez-en à votre société de portage avantd'agir. Les pratiques varient d'une structure à l'autre, et une rupture mal qualifiée peut vous coûter plusieurs mois d'indemnisation.
Cumuler l'ARE avec une mission en portage
C'est possible, et c'est même l'un des usages les plus pertinents du portage. Si vous reprenez une mission pendant votre indemnisation, l'allocation du mois est réduite en fonction du salaire brut perçu — mais les jours non indemnisés ne sont pas perdus : ils sont reportés à la fin de vos droits.
Concrètement, une mission courte pendant une période de chômage ne vous fait rien perdre : elle décale simplement la fin de votre indemnisation. C'est ce qui rend le portage adapté à une reprise progressive, là où la création d'une société impose des choix plus définitifs.
Questions fréquentes
Le portage salarial donne-t-il vraiment droit au chômage ?
Oui. Le salarié porté est titulaire d'un contrat de travail — le plus souvent un CDI — et relève à ce titre du régime d'assurance chômage, dès lors que la société de portage respecte le cadre fixé par l'ordonnance du 2 avril 2015. Des cotisations d'assurance chômage sont prélevées sur son salaire brut comme pour n'importe quel salarié. C'est l'un des principaux arguments du portage face à l'auto-entreprise, qui n'ouvre aucun droit de ce type.
Combien de temps faut-il avoir travaillé pour ouvrir des droits ?
Il faut justifier d'au moins 130 jours travaillés ou 910 heures, soit environ six mois, au cours des 24 derniers mois — 36 mois si vous avez 53 ans ou plus. Nouveauté importante : depuis le 1er avril 2026, ce seuil est abaissé à 108 jours ou 758 heures, soit environ cinq mois, pour les personnes qui n'ont jamais ouvert de droit à l'assurance chômage au cours des vingt dernières années.
Mon allocation est-elle calculée sur mon chiffre d'affaires ?
Non, et c'est le point qui surprend le plus. France Travail retient votre salaire brut, celui qui figure sur vos bulletins de paie — donc après déduction des frais de gestion de la société de portage et des charges patronales. Sur une facturation annuelle de 108 000 €, le salaire brut ne représente que 56 635 €. C'est ce second montant qui sert de base au calcul.
Comment mettre fin à un CDI de portage pour toucher l'ARE ?
Une démission simple ne donne pas droit à l'allocation. Les voies qui ouvrent des droits sont la rupture conventionnelle, le licenciement — notamment pour absence de mission prolongée — et l'arrivée du terme d'un CDD de portage. La fin d'une mission ne met pas fin au CDI en elle-même : le contrat se poursuit, et c'est l'absence durable de nouvelle mission qui peut conduire à une rupture. Discutez-en avec votre société de portage avant d'engager quoi que ce soit.
Puis-je cumuler l'ARE avec une activité en portage ?
Oui, le cumul est possible. Reprendre une mission en portage pendant une période d'indemnisation réduit l'allocation du mois concerné, proportionnellement au salaire brut perçu, mais les jours non indemnisés sont reportés à la fin de vos droits. Vous ne perdez donc pas ces jours, vous les décalez. Ce mécanisme rend le portage particulièrement adapté à une reprise progressive d'activité.
Les frais professionnels refacturés comptent-ils dans le calcul ?
Non. Les frais professionnels que votre client vous rembourse ne sont pas du salaire : ils ne supportent pas de cotisations et n'entrent donc pas dans le salaire de référence retenu par France Travail. Un consultant qui refacture beaucoup de déplacements verra son revenu réel dépasser nettement la base servant au calcul de son allocation.
Sources
- France Travail — Ai-je droit à l'allocation chômage ?
- France Travail — le portage salarial
- Unédic — conditions pour avoir droit aux allocations chômage
- Unédic — assouplissement pour les primo-entrants (1er avril 2026)
- Unédic — allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE)
- Unédic — cumul allocation et salaire
- Code du travail — articles L1254-1 à L1254-31 (portage salarial)
Dernière mise à jour : août 2026. Les montants d'allocation présentés sont des estimations calculées avec les paramètres Unédic d'avril 2026 ; seule France Travail détermine votre droit réel, en fonction de votre parcours exact. Ce guide est informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Une erreur ? Signalez-la.